Il faut bien reconnaître que Jaufré RUDEL n'est pas l'architecte malgache le plus connu du grand public. Et pour cause : il n'est ni architecte, ni malgache !

Quel est donc ce personnage sorti du fond des âges qui prête (gracieusement, c'est tout à son honneur) son patronyme à la chorale de Blaye ?

Jaufré RUDEL est une figure du XII ème siècle. Surnommé le prince de Blaye, ce troubadour serait, selon la légende, tombé amoureux de la princesse de Tripoli sans l'avoir jamais rencontrée (pas même par webcam interposée !). Cet amour impossible et sans espoir, pour une princesse inaccessible, lui aurait inspiré les chansons qui lui survécurent. Ces chansons qui nous évoquent l'amor de lonh, l'amour lointain, l'amour qui se réduit, ou plutôt s'exhalte, par la seule existence du sentiment qui se rit des distances

La légende voudrait que Jaufré RUDEL succombe aux bras de sa princesse au cours de la deuxième croisade.

Au delà des huit poèmes qui nous sont parvenus, Jaufré RUDEL survit par la pièceLa princesse lointaine d'Edmond Rostand, qu'il aura inspiré; et l'opéra L'amour de loin de Kaija Saariaho.

Amor de terra londhana

Quan lo rius de la fontana
S'esclarzis, si cum par sol,
E par la flors aiglentina,
E l rossinholetz el ram
Volf e refranh ez aplana
Son dous chantar et afina,
Dreitz qu'ieu lo mieu refranha.

Amors de terra lonhdana,
Per vos totz lo cors mi dol ;
E no n puesc trobar mezina
Si non au vostre reclam
Ab atraich d'amor doussana
Dinz vergier o sotz cortina
Ab dezirada compahna.

Pus totz jorns m'en falh aizina,
No m meravilh s'ieu n'aflam,
Quar anc genser crestiana
Non fo, ni Dieus non la vol,
Juzeva ni Sarrazine ;
Ben es selh pagutz de mana,
Qui ren de s'amor guazanha !

De dezir mos cors no fina
Vas selha ren qu'ieu pus am ;
E cre que volers m'enguana
Si cobezeza la m tol ;
Que pus es ponhens qu'espina
La dolors que ab joi sana ;
Don ja non vuelh qu'om m'en planha.

Senes breu de parguamina
Tramet lo vers, que chantam
En plana lengua romana,
A n Hugo Bru per Filhol ;
Bo m sap quar gens Peitavina,
De Berri e de Guïana
S'esgau per lui e Bretanha.

Quand l'eau de la source
court plus claire, comme cela arrive (au printemps),
et que paraît la fleur de l'églantier,
et que le rossignol sur la branche,
répète, module, adoucit
sa douce chanson et embellit,
il est bien juste que je module la mienne.

Amour de terre lointaine,
pour vous tout mon coeur est dolent;
je n'y puis trouver de remède
si je n'écoute votre appel,
par attrait de douce amour,
en verger ou sous tentures,
avec une compagne désirée.

Puisque toujours le pouvoir m'en est refusé,
je ne m'étonne point si je m'en consume,
car jamais il ne fut, car Dieu ne le veut pas,
plus gente chrétienne,
juive ou sarrasine ;
celui-là est vraiment repu de manne
qui gagne un peu de son amour.

Mon coeur ne cesse d'aspirer
vers cet objet que j'aime entre tous ;
et je crois que mon vouloir m'abuse
si convoitise me l'enlève ;
car elle est plus poignante qu'épine
la douleur qui guérit par la joie (d'amour) ;
et voilà pourquoi je ne veux pas qu'on m'en plaigne.

Sans bref de parchemin,
j'envoie ce vers, que nous chantons
en simple langue romane,
à Uc le Brun par Filhol ;
il m'est doux de voir que la gent poitevine
et ceux de Berry et de Guyenne
se réjouissent à cause de lui, de même que la Bretagne

Accueil / Qui sommes-nous / Notre répertoire / Nos concerts / Informations Pratiques / Les choristes / Press Book / Contacts / Liens / Documents Internes/ Mentions Légales